Dispatches from France: Chad, Darfur, and Sarkozy
Jun 27, 2008
This article is the first of several weekly columns that guest writer Guillaume Amigues will be writing throughout the summer. Guillaume will mainly cover French and German politics.Le Tchad, premier test de la politique étrangère sarkozienne
La récente offensive rebelle stoppée à Am Zoer mercredi 18 juin par les forces nationales tchadiennes n'est que le dernier rebondissement en date du conflit larvé qui oppose depuis plusieurs années le Tchad au Soudan. Les interventions directes telle celle du Soudan la semaine passée sont rares, et l'essentiel de cette guerre se déroule par procuration. Karthoum soutient activement les rebelles tchadiens depuis que l'élite politique tchadienne a décidé de soutenir les rebelles du Darfour par solidarité ethnique en 2005. Idriss Déby est conscient du potentiel déstabilisateur d'un conflit au Darfour pour s'en être lui-même servi afin d'arriver au pouvoir en 1990. Il ne souhaitait donc pas soutenir la rebellion zaghawa au Soudan, mais a dû s'y résigner sous la pression de sa propre armée (on trouvera ici ou là un bon aperçu des causes du conflit).
Depuis l'indépendence du pays en août 1961, la France a toujours été mélée aux luttes de pouvoir à N'djamena (sur l'influence française sur la politique africaine après les indépendences, on peut lire ce livre). Lors de la précédente offensive des rebelles en février dernier, Idriss Déby s'était retrouvé encerclé dans son palais présidentiel et n'avait dû son salut qu'à l'intervention indirecte des troupes françaises qui, en sanctuarisant l'aéroport, ont permis à l'aviation tchadienne de repousser les rebelles.
Ainsi, lors de l'attaque de la semaine dernière, la réaction des autorités françaises était très attendue. Dans le cadre de la nouvelle politique inaugurée par le Livre Blanc présenté le 17 juin dernier, celles-ci semblent vouloir rompre avec la tradition de soutien militaire aux « amis de la France ». Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères, a en effet annoncé que la France n'interviendrait plus au Tchad, qui relève désormais exclusivement de la responsabilité de la mission européenne EUFOR. Les soldats européens, pris à partie par le président tchadien, observent pour l'instant une stricte neutralité et s'en tiennent aux objectifs de leur mission, c'est à dire la protection des réfugiés et des travailleurs humanitaires.
La décision de se garder d'intervenir paraît bien inspirée dans un pays où la France n'a que peu d'intérêts à défendre (le pétrole tchadien est exploité par un consortium américano-malaysien). Cependant, la politique africaine de la France ne s'est jamais embarassée de paradoxes, et le doute subsiste parmi les capitales européennes sur les réelles intentions de l'ancienne puissance coloniale. La France est à l'origine de l'EUFOR et fournit 2100 soldats sur un total de 3700. Ainsi, Berlin (cet article en allemand résume bien le sceptiscisme allemand face à la multilatéralisation de la politique africaine de la France) et Londres ont préféré s'abstenir de participer à la mission européenne de peur qu'elle soit utilisée pour légitimer et prolonger la politique française dans la région.
L'arrivée de la saison des pluies au Tchad annonce une trève pour les mois qui viennent. Cependant, tant que la communauté internationale ne fera pas pression sur Idriss Déby pour instaurer un vrai dialogue politique avec la rebellion, aucune solution de long terme n'est envisageable. Une nouvelle attaque des rebelles sur N'djamena après la saison des pluies semble donc probable. Celle-ci mettrait la France au pied du mur au Tchad, et serait ainsi un vrai test pour la nouvelle politique française à l'égard de l'Afrique.
Dans ce contexte, c'est au Tchad que pourrait se mesurer la crédibilité à apporter à la rupture sarkozienne par rapport aux anciennes pratiques interventionistes de la Françafrique.
Depuis l'indépendence du pays en août 1961, la France a toujours été mélée aux luttes de pouvoir à N'djamena (sur l'influence française sur la politique africaine après les indépendences, on peut lire ce livre). Lors de la précédente offensive des rebelles en février dernier, Idriss Déby s'était retrouvé encerclé dans son palais présidentiel et n'avait dû son salut qu'à l'intervention indirecte des troupes françaises qui, en sanctuarisant l'aéroport, ont permis à l'aviation tchadienne de repousser les rebelles.
Ainsi, lors de l'attaque de la semaine dernière, la réaction des autorités françaises était très attendue. Dans le cadre de la nouvelle politique inaugurée par le Livre Blanc présenté le 17 juin dernier, celles-ci semblent vouloir rompre avec la tradition de soutien militaire aux « amis de la France ». Bernard Kouchner, le ministre des Affaires étrangères, a en effet annoncé que la France n'interviendrait plus au Tchad, qui relève désormais exclusivement de la responsabilité de la mission européenne EUFOR. Les soldats européens, pris à partie par le président tchadien, observent pour l'instant une stricte neutralité et s'en tiennent aux objectifs de leur mission, c'est à dire la protection des réfugiés et des travailleurs humanitaires.
La décision de se garder d'intervenir paraît bien inspirée dans un pays où la France n'a que peu d'intérêts à défendre (le pétrole tchadien est exploité par un consortium américano-malaysien). Cependant, la politique africaine de la France ne s'est jamais embarassée de paradoxes, et le doute subsiste parmi les capitales européennes sur les réelles intentions de l'ancienne puissance coloniale. La France est à l'origine de l'EUFOR et fournit 2100 soldats sur un total de 3700. Ainsi, Berlin (cet article en allemand résume bien le sceptiscisme allemand face à la multilatéralisation de la politique africaine de la France) et Londres ont préféré s'abstenir de participer à la mission européenne de peur qu'elle soit utilisée pour légitimer et prolonger la politique française dans la région.
L'arrivée de la saison des pluies au Tchad annonce une trève pour les mois qui viennent. Cependant, tant que la communauté internationale ne fera pas pression sur Idriss Déby pour instaurer un vrai dialogue politique avec la rebellion, aucune solution de long terme n'est envisageable. Une nouvelle attaque des rebelles sur N'djamena après la saison des pluies semble donc probable. Celle-ci mettrait la France au pied du mur au Tchad, et serait ainsi un vrai test pour la nouvelle politique française à l'égard de l'Afrique.
Dans ce contexte, c'est au Tchad que pourrait se mesurer la crédibilité à apporter à la rupture sarkozienne par rapport aux anciennes pratiques interventionistes de la Françafrique.
You can contact Guillaume at: gui.amigues@afrik.com
Photo credits: ContinentalMag.com


4 comments:
L'opposition armée au Tchad a-t-elle des volontés plus "démocratiques" que le président en place ?
Félicitations pour votre idée des auteurs invités.
Bonne question: Guillaume, tu sais?
Il est difficile de parler d'UNE opposition au Tchad, les différents mouvements ayant échoué à de multiples reprises à s'unir réellement malgré les encouragements de Karthoum (une réunion de tous les mouvements rebelles a par exemple eu lieu en territoire soudanais).
L'Alliance Nationale des forces rebelles qui a mené l'offensive de la semaine dernière est dirigée par le général Nouri. Elle regroupe l'Union des forces pour la démocratie et le développement (UFDD), l'UFDD Fondamentale (UFDD-F), et le Front pour le salut de la République (FSR). Cependant de grandes divergences existent toujours entre ces groupes.
En raison de cette hétérogénéité, il est difficile d'évaluer les volontés démocratiques des rebelles. Le soutien prononcé de Karthoum (grand allié de la Chine dans la région) à ces mouvements est cependant problématique... La situation politique soudanaise pourrait donner un aperçu de ce que serait un Tchad contrôlé par les rebelles.
Quoi qu'il en soit, la communauté internationale a tranché, et choisi de conserver Déby au pouvoir pour l'instant (tout le monde a fermé les yeux lors de l'intervention française de février dernier), plutôt que de risquer de perdre le contrôle sur le Tchad. Better the devil you know, en somme.
Très intéressant et éloquent, :)
Comme tu disais, une petite série sur l'Afrique serait probablement intéressante...
Ou alors, tu saurais faire qqchose sur la nouvelle base francaise en construction à Dubai?
A très très bientot pour une nouvelle "column" mon Gui!
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